Le 4 novembre 2026 à 9 h 15, Gulli diffusera le premier épisode de Dragon Ball Daïma en version française. Goku y redevient un enfant, mais sans la voix de Brigitte Lecordier, qui l’incarne depuis 1988. Toute l’équipe historique de la VF est écartée, sur fond de désaccord contractuel avec Toei Animation.
Les fans ont découvert la scène avant même la diffusion, à travers les premiers extraits mis en ligne par la chaîne: un petit Goku aux cheveux en épis, une voix aiguë, proche dans le registre, mais immédiatement identifiable comme étrangère pour qui a grandi devant le Club Dorothée. Le 25 octobre, Brigitte Lecordier a confirmé sur X ce que beaucoup redoutaient: Nous sommes abasourdis, nous sommes sans voix! La comédienne de 70 ans a fait remarquer que la nouvelle tombait le jour des 90 ans de Masako Nozawa, l’interprète japonaise historique de Goku.
Le calendrier rend la décision d’autant plus difficile à avaler. Dragon Ball Daïma, lancé au Japon en 2024, est le dernier projet auquel a participé Akira Toriyama, mort quelques mois avant la diffusion du premier épisode. La série n’était jusqu’ici accessible en France qu’en version originale, et son arrivée sur une chaîne gratuite devait lui ouvrir un public plus large. Son principe même, rajeunir les héros, semblait taillé pour un retour des voix qui les avaient accompagnés enfants.
Sophie Pyronnet, Pierre Lognay: qui double qui dans la nouvelle VF
Le remplacement ne se limite pas à Goku. L’anime change totalement de casting vocal, et les noms communiqués par Gameblog et AlloCiné dessinent une distribution sans aucun lien avec celle des années Club Dorothée:
- Sophie Pyronnet: Goku (mini), à la place de Brigitte Lecordier
- Pierre Lognay: Goku adulte, à la place de Patrick Borg
- Matteo Marchese: Vegeta (mini)
- Pierre Le Bec: Kaioshin (adulte)
- Audrey Devos: Bulma (adulte)
- Cécile Florin: Krillin (adulte)
Sophie Pyronnet n’arrive pas de nulle part. Selon Actuanews, elle a déjà prêté sa voix à des séries animées comme Beyblade ou Le Monde incroyable de Gumball, ce qui la rend familière d’une partie du jeune public, cœur de cible de Gulli. Le choix d’une comédienne pour Goku enfant respecte d’ailleurs la convention établie au Japon par Masako Nozawa et reprise en France par Brigitte Lecordier: un garçon de dessin animé doublé par une voix féminine, pour obtenir ce timbre haut et nerveux qu’un comédien adulte peine à tenir sur la durée.
Une clause du contrat, pas une question de cachet
Pourquoi Toei Animation, détenteur des droits, s’est-il passé d’une équipe qui ne demandait qu’à revenir? Pour le comprendre, il faut décortiquer la chaîne de fabrication d’une VF d’anime. Premier maillon: l’ayant droit japonais, qui garde la main sur sa licence et valide les conditions d’exploitation. Deuxième maillon: le diffuseur ou distributeur local, qui achète les droits pour un territoire. Troisième maillon: le studio de doublage, qui recrute les comédiens et leur fait signer un contrat fixant l’usage qui pourra être fait de leurs enregistrements. Qu’un seul de ces maillons bloque, et toute la chaîne se reconfigure sans lui.
Les comédiens historiques n’ont pas été ignorés d’emblée. D’après JVMag, Patrick Borg avait expliqué que Toei Animation avait demandé des essais audio à Brigitte Lecordier et à lui-même. Le dossier semblait donc ouvert. Les comédiens ont également rappelé que le public les interrogeait depuis plus de deux ans sur les enregistrements de la version française, en précisant que le blocage ne tenait aucunement pour des raisons financières.
La piste la plus souvent avancée est celle d’un conflit sur une clause du contrat. Faute d’accord, Toei aurait confié le doublage à d’autres comédiens, prêts à accepter les conditions proposées. Le conditionnel s’impose: ni Toei, ni Gulli, ni les comédiens n’ont rendu publique la teneur exacte de cette clause.
Le 26 octobre à 19 heures, une vidéo de 1 minute 19 a réuni Brigitte Lecordier, Patrick Borg, Philippe Ariotti, Céline Monsarrat et Mark Lesser. Selon le compte rendu de Méga Force Magazine, ils y affirment avoir des raisons de craindre que le public n’entende pas leurs voix dans Daïma, et soulignent que les doublages allemand et italien ont déjà été annoncés alors qu’eux n’ont reçu ni nouvelles ni convocation. Le site spécialisé DB-Z relève une zone d’ombre: la vidéo ne revient pas sur les discussions avec Toei que les comédiens avaient eux-mêmes évoquées auparavant.
Sur le papier, une clause contractuelle ressemble à un détail juridique. En pratique, c’est autre chose. Le rapport de force est asymétrique: le personnage appartient à l’ayant droit, pas à celui qui lui prête sa voix, même depuis près de quatre décennies. La notoriété d’une Brigitte Lecordier pèse auprès du public, beaucoup moins dans une négociation menée à l’échelle mondiale. Jeuxvideo.com y voit le symptôme des cadences et des exigences imposées par le streaming mondialisé à la localisation des anime.
VF de Daïma sur Gulli: ce qui se joue
L’IA dans le doublage, un suspect commode?
Les cinq comédiens avaient déjà publié une vidéo collective contre l’usage de l’intelligence artificielle dans le doublage, ce qui a alimenté les spéculations. Le site Level-1 met en garde contre l’amalgame: la nouvelle VF est portée par des comédiens humains, pas par des voix de synthèse. Aucun élément public ne relie à ce jour la clause litigieuse à l’IA.
Brigitte Lecordier, Patrick Borg, Céline Monsarrat: 38 ans de voix effacées
Pour mesurer ce qui disparaît, il suffit de reprendre le générique des voix concernées. Brigitte Lecordier a doublé Goku, Gohan, Goten et C-18. Patrick Borg a repris Goku adulte à partir de Dragon Ball Z, avant de prêter aussi sa voix à Boo. Philippe Ariotti a donné vie à Piccolo, Freezer et Oolong; Céline Monsarrat à Bulma et Chichi; Mark Lesser à Gohan, Trunks et Broly. Un même comédien portait souvent plusieurs personnages, et cette économie de moyens a fini par forger une identité sonore propre à la VF française.
Changer cette équipe d’un bloc revient à remplacer le moteur d’une voiture de collection par un modèle neuf: la mécanique tourne, mais le son n’a plus rien à voir avec celui que l’oreille attend. Traduction: pour le public qui a découvert Dragon Ball en 1988, Daïma sonnera comme une autre série, quelle que soit la qualité du travail des nouveaux venus.
Les réactions oscillent entre colère et incompréhension. Sous la publication de Brigitte Lecordier, un message résume l’état d’esprit d’une partie des fans: vous restez les voix Dragon Ball à tout jamais, avec ou sans Daïma. Entrevue rapporte que certains appellent déjà au boycott de la version française, tandis que d’autres réclament que Toei Animation et Gulli reconsidèrent leur décision. Jeuxvideo.com décrit une fracture entre spectateurs fidèles et partisans d’un passage de relais.
Le précédent existe pourtant au sein même de la saga: Goku a déjà changé de voix française une fois, quand Brigitte Lecordier a cédé le personnage adulte à Patrick Borg avec Dragon Ball Z. Mais ce relais s’était fait dans la continuité, au sein d’une même équipe. Celui de Daïma intervient par rupture, sans concertation préalable selon Jeuxvideo.com, et pose une question que ni Toei ni Gulli n’ont tranchée publiquement: le nouveau casting est-il un choix ponctuel pour cette série, ou la future voix française de toutes les productions Dragon Ball à venir?
Doublage de Dragon Ball Daïma: les faits clés
- Sophie Pyronnet double Goku enfant à la place de Brigitte Lecordier
- Pierre Lognay succède à Patrick Borg pour Goku adulte
- Un conflit sur une clause du contrat est la piste la plus souvent avancée
- Les comédiens affirment que le blocage n' est pas financier
- Daïma est le dernier projet d' Akira Toriyama, lancé au Japon en 2024
- Les doublages allemand et italien ont été annoncés avant la VF
Cet article a été rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle à partir de sources journalistiques.