Une cartouche Pokémon Game Boy authentique se reconnaît rarement à un seul détail. Les contrefaçons de Pokémon Rouge, Bleu, Jaune, Or, Argent ou Cristal imitent l’étiquette et la coque, et affichent même le logo Nintendo au démarrage. Ce qui les trahit, c’est l’accumulation de petits écarts : une mention manquante sur la coque, une vis ordinaire au dos, un circuit sans référence, une pile qui ne correspond pas à la version.
Ce guide passe en revue les indices vérifiables, de l’extérieur vers l’intérieur, à partir de la presse spécialisée et de bases de référence techniques. Il rappelle aussi ce que vaut une vraie cartouche (autour de 114 dollars pour un Pokémon Cristal européen seul, selon PriceCharting, relevé le 7 octobre 2026) et les recours si l’on a été trompé.
L’étiquette et la coque, avant même d’ouvrir
Premier réflexe : comparer la cartouche avec des photos d’un exemplaire authentique de la même version, c’est-à-dire le même jeu et la même région. Le guide de Nintendo Life rappelle qu’une étiquette d’origine réunit le logo du jeu, souvent une illustration, le logo Nintendo, le sceau de qualité Nintendo, le pictogramme de classification par âge et un numéro de produit. Un élément absent, une police différente ou une impression floue doivent alerter.
- La mention du haut : la partie supérieure de la coque porte « Nintendo GAME BOY ». Certaines contrefaçons en retirent le mot « Nintendo ».
- La couleur du plastique : un Pokémon Or authentique a une coque dorée. Le faux décrit par Nintendo Life ne l’était pas, et mélangeait en plus des éléments de cartouches nord-américaine et japonaise.
- Le numéro embouti : les cartouches authentiques portent un petit numéro pressé sur la coque. La base de données gbhwdb, qui documente des exemplaires authentiques photographiés, relève par exemple « 34 » sur un Pokémon Rouge français.
Le code produit et la vis de sécurité
Le numéro de produit suit une logique fixe : les jeux Game Boy portent un code qui commence par DMG, les jeux conçus pour la Game Boy Color un code qui commence par CGB, suivi d’un code de jeu et d’un code de région. L’exemplaire français de Pokémon Rouge référencé par gbhwdb porte ainsi le code DMG-APAF-FRA. Dans les ventes de Pokémon Cristal européen compilées par PriceCharting, plusieurs annonces citent le code CGB-BYTP-EUR. Un code introuvable, ou une région qui ne correspond pas à la langue du jeu, justifie de poser des questions au vendeur.
Au dos, la coque est fermée par une seule vis de sécurité, d’un modèle propriétaire. Pour la retirer, le guide de réparation d’iFixit utilise un embout spécifique de 3,8 mm. Une vis cruciforme ordinaire n’est donc pas d’origine : elle signale au minimum une cartouche déjà ouverte, parfois une coque de remplacement. Ce n’est pas une preuve de contrefaçon, mais une raison de regarder l’intérieur.
À l’intérieur : circuit imprimé, puces et pile
C’est à l’intérieur que la comparaison est la plus parlante, car un circuit authentique est difficile à imiter. La base gbhwdb recense, photos à l’appui, la composition de cartouches authentiques. Pour un Pokémon Rouge français, elle relève une carte référencée DMG-A02-01, un contrôleur mémoire MBC5 de Panasonic, une mémoire de jeu Sharp, une mémoire de sauvegarde Sanyo, une puce de surveillance ROHM et une pile CR1616. Chaque composant porte une référence et une date de fabrication lisibles.
Un circuit sans référence de carte, ou dont la puce principale disparaît sous une goutte de résine noire, ne correspond pas à ce que montrent ces fiches. Le bon test consiste à ouvrir l’entrée du même jeu, dans la même région, et à comparer composant par composant.
La pile mérite une attention particulière. Soudée sur le circuit, elle conserve les sauvegardes. Le guide iFixit indique une CR2025 de 3 volts pour la cartouche qu’il démonte, alors que le Pokémon Rouge français de gbhwdb utilise une CR1616 : le modèle dépend de la carte, d’où l’intérêt de comparer avec la bonne référence. Une pile neuve n’est pas suspecte en soi : de nombreuses annonces d’exemplaires présentés comme authentiques la mentionnent, tout comme les piles à plat.
Le poids peut servir d’indice complémentaire, à condition de peser un exemplaire authentique du même jeu sur la même balance. Un écart est un signal, jamais une preuve à lui seul.
Pourquoi l’écran de démarrage ne prouve rien
Beaucoup d’acheteurs se rassurent en voyant le logo Nintendo défiler à l’allumage. C’est une erreur. D’après la documentation technique Pan Docs, ce logo est stocké dans l’en-tête de la cartouche et la console le vérifie au démarrage, de même qu’une somme de contrôle : si l’un ou l’autre ne correspond pas, la console se bloque et le jeu ne se lance pas. Une contrefaçon qui fonctionne contient donc forcément un logo correct.
Le test en console reste utile, mais pour d’autres raisons : vérifier que le jeu se lance, que la sauvegarde tient après extinction et que la pile n’est pas à plat. Un jeu qui fonctionne parfaitement peut être faux, et un jeu authentique peut avoir une pile à remplacer.
Ce que vaut une vraie cartouche
Le prix des originaux explique l’intérêt des faussaires. Pour Pokémon Cristal en version européenne (PAL), PriceCharting, qui calcule ses cotes à partir de ventes terminées, surtout sur eBay, et les affiche en dollars, donne les repères suivants.
| Pokémon Cristal (PAL), état | Prix constaté | Source |
|---|---|---|
| Cartouche seule (loose) | 114,11 $ | PriceCharting, relevé le 7 octobre 2026 |
| Complet en boîte (CIB) | 441,32 $ | PriceCharting, relevé le 7 octobre 2026 |
| Neuf (environ une vente par mois) | 522,85 $ | PriceCharting, relevé le 7 octobre 2026 |
En septembre 2026, les cartouches seules vendues sur cette page se sont négociées entre 59 et 154 dollars, à une exception près : une vente à 11,14 dollars, si éloignée de la cote qu’elle invite à la prudence, la page ne disant rien de l’état réel de l’objet. La catégorie PAL de PriceCharting regroupe les versions européennes ; ses prix restent exprimés en dollars. Les contrefaçons, elles, n’ont pas de cote : leur seule « valeur » tient au fait de passer pour authentiques.
Ces montants sont indicatifs : ils varient selon l’état, la version et le moment, et une cartouche de collection n’est pas un placement.
Acheter en ligne : précautions et recours
La douane française invite à se méfier d’un prix anormalement bas, car seules les « filières parallèles » peuvent proposer de tels tarifs. Elle rappelle aussi que la détention d’une contrefaçon est une infraction douanière : la marchandise peut être confisquée, l’amende va d’une à deux fois la valeur des objets et la peine de prison peut atteindre trois ans, hors bande organisée.
Avant d’acheter, auprès d’un particulier comme d’une boutique :
- demander des photos nettes de la coque, de l’étiquette, du code produit et de la vis, et du circuit si la cartouche a déjà été ouverte ;
- vérifier la version : un jeu américain n’a pas le même code qu’un jeu français ;
- payer par un moyen qui laisse une trace et conserver l’annonce, les échanges et les photos ;
- tester dès réception : démarrage, sauvegarde, puis inspection de la vis.
Si la cartouche se révèle fausse, la douane conseille de retourner le produit et de demander le remboursement au vendeur. Les plateformes de vente ont aussi leurs propres procédures de réclamation, avec des délais à respecter. En cas d’escroquerie, un signalement est possible sur la plateforme PHAROS et auprès d’Info Escroqueries, au 0 805 805 817. Pour une situation précise, mieux vaut se renseigner auprès de la douane ou d’une association de consommateurs.
Questions fréquentes
Ma cartouche sauvegarde normalement : est-elle forcément authentique ?
Non. Une sauvegarde qui fonctionne montre seulement que la cartouche sait conserver des données. Il faut croiser ce test avec l’examen de l’étiquette, du code produit, de la vis et, si possible, du circuit imprimé.
Changer la pile efface-t-il la sauvegarde ?
Oui. La sauvegarde est maintenue par la pile soudée sur le circuit : quand elle est retirée ou à plat, les données sont perdues, comme le rappelle la page d’iFixit consacrée au remplacement. Une pile neuve n’est pas un signe de contrefaçon, de nombreuses annonces d’exemplaires présentés comme authentiques la mentionnent.
Acheter une cartouche vendue comme « reproduction », est-ce autorisé ?
Une copie qui reprend sans autorisation le jeu et les marques de Nintendo reste une contrefaçon, même annoncée comme « repro ». La douane rappelle que la détention de marchandises contrefaisantes est sanctionnée. Pour un cas précis, le plus sûr est de se renseigner auprès de ses services.
Repérer un faux en bref
- Aucun indice ne suffit seul : c’est l’accumulation d’écarts avec un exemplaire authentique de la même version qui compte.
- La coque porte « Nintendo GAME BOY » en haut ; l’étiquette réunit logo Nintendo, sceau de qualité et numéro de produit (DMG ou CGB).
- Au dos, une seule vis de sécurité propriétaire, qui s’ouvre avec un embout de 3,8 mm ; une vis cruciforme n’est pas d’origine.
- À l’intérieur, chaque puce authentique porte une référence lisible, que la base gbhwdb permet de comparer.
- Le logo Nintendo au démarrage ne prouve rien : la console l’exige pour lancer un jeu, contrefaçons comprises.
À lire aussi : Combien vaut une Nintendo 64 en boîte en 2026 ? Prix, versions, jeux
Cet article a été rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle, à partir de sources officielles et spécialisées citées ci-dessous.
Sources
- How to spot fake Nintendo video games (Zion Grassl, 17 août 2023) — Nintendo Life
- Pokemon – Version Rouge (France), entrée #1 — Game Boy hardware database (gbhwdb)
- Game Boy Cartridge Battery Replacement — iFixit
- The Cartridge Header — Pan Docs (gbdev.io)
- Pokemon Crystal (PAL GameBoy Color) : prix et ventes — PriceCharting
- Comment éviter les contrefaçons ? — Douane française
Photo : Dmitry Spravko / Unsplash