Seiken Densetsu 3 a 31 ans : l’histoire du chef-d’œuvre Super Nintendo que Square n’a jamais sorti en Europe

Le 30 septembre 1995, Square publie au Japon Seiken Densetsu 3 sur Super Famicom. Suite directe de Secret of Mana, ce RPG d’action à six héros ne quittera jamais l’archipel à l’époque. Il faudra attendre juin 2019 pour qu’il arrive officiellement en Europe.

Trente et un ans plus tard, la cartouche garde un statut à part. Celui d’un chef-d’œuvre que toute une génération de joueurs européens a d’abord connu par les magazines, les boutiques d’import et les rumeurs de cour de récréation.

En chiffres
1995
Sortie japonaise
30 septembre, sur Super Famicom
6
Héros jouables
trois trames principales
1999
Traduction amateur
patch anglais non officiel
24 ans
Attente avant l'Occident
Collection of Mana, juin 2019
2020
Remake 3D Trials of Mana
PS4, Switch et PC

Automne 1995, la suite de Secret of Mana ne quitte pas le Japon

Fin septembre 1995, une nouvelle cartouche Square rejoint les rayons japonais. Sur la jaquette, les illustrations de l’artiste Nobuteru Yūki. Dans la boîte, la suite très attendue de Secret of Mana, sorti deux ans plus tôt.

L’année est faste pour l’éditeur. Quelques mois plus tôt, Chrono Trigger a déjà marqué la console de Nintendo, et Square semble capable de tout réussir.

La série Mana, elle, revient de loin. Son premier épisode, sorti en 1991 sur Game Boy, avait été rebaptisé Mystic Quest en Europe, avant que Secret of Mana ne lui donne une stature internationale en 1993.

Pourtant, Seiken Densetsu 3 ne franchira pas les frontières japonaises. Le jeu devait paraître en anglais sous le titre de Secret of Mana 2, mais le projet s’arrête avant même d’avoir commencé.

Deux raisons sont avancées : des problèmes techniques et le coût élevé d’une traduction sur cartouche. À l’époque, chaque bloc de mémoire se paie au prix fort, et un texte anglais n’entre pas toujours là où tenaient les caractères japonais.

La décision prive le public occidental d’un des projets les plus ambitieux du studio. Elle laisse aussi un vide que les joueurs vont combler à leur manière.

C’est là que la légende commence.

Six héros et trois intrigues : le pari de Koichi Ishii

Le créateur de la série, Koichi Ishii, conçoit le jeu. À la réalisation, Hiromichi Tanaka arrive fort d’une expérience rare : il a participé à la conception des trois premiers Final Fantasy, puis de Secret of Mana.

Leur pari tient en une idée simple. Laisser le joueur composer lui-même son équipe, parmi six personnages jouables, chacun doté de sa propre histoire.

Le scénario se divise en trois trames principales qui se croisent. Selon le héros placé en tête du trio, l’aventure ne raconte pas tout à fait la même chose, et la rejouabilité devient l’argument central.

L’objectif, lui, emprunte au conte. Il s’agit de s’emparer de l’Épée de Mana et d’empêcher la libération des Benevodons, des créatures capables de détruire le monde.

Le chara-designer Nobuteru Yūki, venu de l’animation japonaise, dessine les six héros. Ses illustrations pour la série seront plus tard réunies dans un livre d’art devenu rare, recherché par les amateurs de la saga.

Comme son aîné, le jeu permet à deux joueurs de partager l’écran simultanément. Le compositeur Hiroki Kikuta, déjà aux commandes de la bande-son de Secret of Mana, signe la musique.

Pourquoi Trials of Mana a tant compté

Vingt-quatre ans d'attente
Sorti en 1995 au Japon, le jeu n'arrive officiellement en Occident qu'en juin 2019, via Collection of Mana sur Switch.
Une traduction jugée trop chère
Le coût d'une localisation sur cartouche et des problèmes techniques ont poussé Square à annuler Secret of Mana 2.
Des fans au relais
Une traduction anglaise non officielle diffusée en 1999 permet aux joueurs occidentaux de découvrir l'histoire.
Une reconnaissance critique durable
Ses graphismes sont cités parmi les meilleurs de la Super Famicom, et une partie de la critique le classe parmi les classiques de la console.
Une seconde vie en 3D
Le remake Trials of Mana, sorti en avril 2020, marque les 25 ans du jeu original sur trois plateformes.

Des graphismes classés parmi les plus beaux de la Super Famicom

La critique salue d’abord la technique. Les graphismes sont décrits comme parmi les meilleurs jamais produits sur la console, et le système de jeu comme une version améliorée de celui de son prédécesseur.

Le récit divise davantage. Les histoires entremêlées séduisent et donnent envie de recommencer, mais plusieurs critiques jugent les personnages plats et les intrigues convenues.

Ce reproche n’entame guère la réputation du titre. Une partie de la presse spécialisée le range parmi les classiques de la Super Famicom, une place que peu de jeux réservés au seul marché japonais ont obtenue.

Ce succès critique tient aussi au moment. En 1995, la Super Famicom vit ses dernières grandes années, et les studios maîtrisent enfin la machine au point d’en tirer des décors et des animations que personne n’imaginait au lancement de la console.

Le contraste est saisissant. En Europe, Secret of Mana trône dans les ludothèques, tandis que sa suite, plus riche et plus belle, n’existe que sur des photos de magazines.

1999, l’année où des fans traduisent ce que Square avait abandonné

En Europe comme en Amérique du Nord, Seiken Densetsu 3 devient un objet de fantasme. Quelques passionnés importent la cartouche japonaise, souvent sans comprendre un mot des dialogues.

Tout bascule en 1999. Une traduction anglaise non officielle, réalisée par des amateurs, circule sous forme de patch et permet enfin de suivre l’histoire.

Sur les forums et les premiers sites spécialisés, le fichier circule de main en main. Les émulateurs Super Nintendo, alors en plein essor sur PC, offrent au jeu une seconde vie clandestine auprès d’un public de curieux.

Le jeu change de statut. Il devient l’un des symboles de ces exclusivités japonaises que l’Occident découvre par des chemins détournés, au moment où la Super Nintendo cède la place à une nouvelle génération de consoles.

Pendant près d’un quart de siècle, il reste l’un des RPG les plus regrettés de la console. Square, de son côté, poursuit la série avec Legend of Mana, sorti en 1999 sur PlayStation, en 2D malgré l’orientation 3D de la machine.

E3 2019 : vingt-quatre ans d’attente effacés en une Nintendo Direct

Le 11 juin 2019, pendant la Nintendo Direct de l’E3, Square Enix annonce la fin de l’exil. La compilation Collection of Mana, qui réunit trois jeux de la série, arrive le jour même sur l’eShop de la Switch.

Cette anthologie existait au Japon depuis le 1er juin 2017 sous le nom de Seiken Densetsu Collection. En Occident, la version 16 bits de Seiken Densetsu 3 y prend le titre de Trials of Mana, et l’édition physique suit le 27 août.

La compilation rassemble l’histoire entière des débuts de la saga. On y retrouve le premier épisode Game Boy, connu en Europe sous le nom de Mystic Quest, Secret of Mana et, pour la première fois traduit officiellement, le troisième volet.

Le magazine américain Newsweek résume l’événement : le jeu arrive à l’Ouest après 24 ans d’attente. Mais l’éditeur garde une autre carte en main.

Trials of Mana, le remake 3D d’avril 2020

Le même jour, Square Enix dévoile un remake en 3D, lui aussi baptisé Trials of Mana. Il sort le 24 avril 2020 sur PlayStation 4, Nintendo Switch et PC, pour célébrer les 25 ans du jeu original.

Proposé à 49,99 dollars aux États-Unis, le jeu abandonne la vue de dessus des années 1990 pour une caméra placée derrière les personnages. Les combats gagnent en mobilité, les décors en profondeur.

Ce remake n’échappe pas à toutes les imperfections. Il offre pourtant à un public international la possibilité de découvrir un RPG longtemps considéré comme une légende inaccessible de l’ère 16 bits.

Le récit d’origine, avec ses six héros et ses trois intrigues, est conservé. Le jeu découpe maintenant l’aventure en chapitres, une concession au rythme des productions actuelles.

Pour les joueurs européens qui avaient feuilleté les tests d’import au milieu des années 1990, la boucle se referme enfin. La cartouche de 1995, elle, se négocie toujours chez les collectionneurs de Super Famicom.

Trente et un ans après sa sortie, une question demeure. Combien d’autres trésors japonais de l’ère 16 bits dorment encore dans les archives des éditeurs, en attendant leur propre seconde chance ?

Seiken Densetsu 3, l'essentiel du RPG culte

  • Seiken Densetsu 3 sort au Japon le 30 septembre 1995
  • Le jeu est la suite directe de Secret of Mana
  • Square renonce à l'export pour des raisons techniques et de coûts
  • Un patch de traduction amateur circule dès 1999
  • Collection of Mana l'apporte en Europe en juin 2019
  • Le remake Trials of Mana sort le 24 avril 2020

Cet article a été rédigé avec l'assistance de l'intelligence artificielle à partir de sources journalistiques.

Julien Juchereau
Julien Juchereau
Julien Juchereau est rédacteur web. Sur Pop Collection, il suit les sorties, les cotes et les tendances des objets de collection, figurines, briques et cartes : il compile les annonces des éditeurs, recoupe les prix constatés et cite ses références. Il n'est ni expert-priseur ni revendeur — quand une information n'est pas vérifiable, il le dit plutôt que de l'inventer.

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