Jusqu’au 31 décembre 2026, le WWF-Belgique accepte un don d’un genre inédit: des cartes Pokémon, Magic ou Yu-Gi-Oh. Revendues aux enchères en ligne début 2027, elles financeront la protection des tigres en Thaïlande, des gorilles de montagne du bassin du Congo et des loutres en Belgique.
Les 17 et 18 octobre, au Brussels Expo, le salon Heroes World accueillait comme chaque année son lot de cosplayeurs, de vendeurs de figurines et de chasseurs de cartes rares. Dans la zone TCG du Treasure Market, là où se négocient les pièces les plus convoitées, un stand tranchait avec le reste: celui du WWF. Les visiteurs n’y achetaient rien. Ils y déposaient une carte tirée de leur classeur et repartaient avec trois autres, éditées par l’ONG elle-même et consacrées à trois animaux d’espèces menacées baptisés Olga, Gamma et Uzima.
La scène résume l’opération Jouez la carte de la nature, annoncée fin septembre par l’organisation, qui fête cette année ses 60 ans. Conçue avec l’agence Brigada, la campagne repose sur un principe sans détour: les cartes reçues seront vendues aux enchères et l’intégralité des recettes sera consacrée aux projets de terrain de l’ONG. Plutôt que de solliciter un virement, le WWF demande aux collectionneurs de puiser dans un patrimoine qu’ils possèdent déjà, souvent rangé sous pochette plastique.
Le paradoxe que Déborah Van Thournout veut rendre visible
Le point de départ tient dans un contraste. Sur le marché secondaire, certaines cartes représentant des créatures fictives atteignent, selon le WWF-Belgique, plusieurs millions d’euros pour les plus rares. Dans le même temps, des espèces bien réelles reculent sous l’effet de la perte d’habitat, du braconnage ou de la pollution des cours d’eau. L’ONG a choisi de mettre ces deux réalités face à face plutôt que de les opposer frontalement.
Déborah Van Thournout, directrice de la communication du WWF-Belgique, formule l’enjeu sous forme de question adressée aux passionnés, citée par la RTBF et La Libre: quelle valeur sommes-nous prêts à donner aux espèces réelles qui risquent de disparaître? La formule fait mouche parce qu’elle ne condamne pas la collection. Elle part d’un engouement existant, l’assume, et propose d’en détourner une fraction vers la conservation.
L’appel lancé le 28 septembre s’inscrit dans une stratégie que d’autres secteurs pratiquent depuis longtemps. Les ventes caritatives d’œuvres d’art, de vins ou d’objets de sport fonctionnent sur la même mécanique: convertir un bien de collection, dont la valeur est fixée par la rareté et le désir, en financement pour une cause. La nouveauté tient ici au support. La carte à collectionner, longtemps cantonnée aux cours de récréation, est devenue un actif que certains adultes suivent avec l’attention d’un investisseur. Le WWF s’adresse à ce public-là, sans renoncer aux plus jeunes donateurs.
Une étiquette bpost, une borne Bbox et un colis de 30 kg maximum
Le dispositif a été pensé pour réduire au minimum la friction du don. Les participants remplissent un formulaire sur le site nature. wwf. be afin d’obtenir une étiquette d’envoi gratuite, mise à disposition grâce à bpost. Il leur suffit ensuite d’emballer soigneusement leurs cartes et de déposer le paquet dans une borne Bbox. Le colis ne doit pas dépasser 42 31 58 cm ni 30 kg, une limite qui laisse de la marge aux collectionneurs prêts à se séparer de classeurs entiers.
Le WWF ne restreint pas l’opération à l’univers de Nintendo. Les cartes Magic the Gathering et Yu-Gi-Oh sont également acceptées, comme d’autres jeux de cartes de collection. L’ONG précise rechercher de préférence des cartes d’une valeur minimale de 5 euros. Ce seuil, modeste à l’échelle du marché, envoie un signal clair: l’objectif n’est pas de récupérer des doublons sans valeur, mais des pièces susceptibles de trouver preneur lors d’une vente aux enchères.
La contrepartie compte aussi. Les donateurs qui communiquent leur adresse reçoivent en échange les cartes WWF exclusives, les mêmes que celles distribuées sur le stand d’Heroes World. Le mécanisme rappelle celui des programmes de fidélité ou des opérations de reprise dans la grande distribution: le geste est récompensé par un objet tangible, qui prolonge l’expérience au lieu de la clore sur un simple reçu.
Ce que financent les cartes données au WWF
Tigres en Thaïlande, gorilles du Congo, loutres belges: trois chantiers financés
Les fonds collectés iront à des actions de conservation menées en Belgique et à l’étranger. Le WWF-Belgique cite trois exemples: les tigres en Thaïlande, les gorilles de montagne dans le bassin du Congo et les loutres en Belgique. Le choix n’a rien d’anodin. Il associe deux espèces emblématiques, connues de tous et capables de susciter l’émotion, à un animal plus discret dont la présence dépend directement de l’état des rivières du pays.
Sur la loutre, l’ONG affiche une ambition explicite sur son site: faire de la Belgique un paradis pour la loutre. Le programme passe par des rivières propres, poissonneuses, et des berges naturelles où l’animal peut trouver refuge la nuit. Ce volet local donne à la campagne une dimension de proximité pour un donateur belge: une partie de la valeur de sa carte pourrait se traduire par des travaux à quelques kilomètres de chez lui, sur un cours d’eau qu’il connaît.
Le calendrier de la vente reste ouvert. Les cartes seront proposées aux enchères en ligne début 2027, la date et les modalités précises devant être annoncées sur le site de l’opération. Le produit final dépendra moins du volume de cartes reçues que de la présence, dans le lot, de quelques pièces rares. Sur ce type de marché, une seule carte recherchée peut peser davantage que des centaines d’exemplaires courants.
Olga, Gamma et Uzima, ou la carte à collectionner comme outil militant
Le WWF-Belgique ne se contente pas de récupérer des cartes: il en produit. L’ONG a édité sa propre collection de cartes dédiée aux animaux et à la biodiversité, dont Olga, Gamma et Uzima constituent la vitrine. Le procédé retourne les codes du jeu contre lui-même, ou plutôt les met au service d’une autre cause. Là où une carte de jeu valorise une créature imaginaire, celle du WWF présente un animal dont la survie dépend en partie des fonds récoltés.
À titre de comparaison, l’idée d’associer cartes à collectionner et protection de la faune circule ailleurs. La gamme Défis Nature Protect propose des cartes consacrées aux animaux, vendues en boosters de 10 cartes aléatoires, et soutient des actions de protection et de sensibilisation sur le terrain. Le ressort ludique est identique, celui de l’ouverture du paquet et de la surprise, mais la logique financière diffère: il s’agit d’un produit vendu, quand le WWF sollicite un don.
Pour mesurer l’écart avec les pratiques habituelles des ONG, il suffit de regarder du côté du WWF américain. Son catalogue de cadeaux solidaires repose sur l’adoption symbolique d’espèces: en échange d’un don, le donateur reçoit un kit composé d’une peluche, d’un sac et d’un certificat d’adoption. L’objet y sert de remerciement. Dans la campagne belge, il devient le cœur du don lui-même, puisque c’est l’objet que le donateur cède qui crée la valeur.
Cette inversion explique l’intérêt de l’opération au-delà de la Belgique. Elle touche un public que les appels classiques à la générosité atteignent mal, des collectionneurs souvent jeunes, habitués à estimer la cote d’une carte au centime près. Pour l’ONG, chaque carte reçue représente à la fois une ressource financière et une porte d’entrée vers un nouveau cercle de sympathisants. Les collectionneurs ont jusqu’au 31 décembre pour décider si une carte rare a davantage sa place dans leur classeur ou dans le financement d’un corridor pour les tigres, d’une forêt pour les gorilles ou d’une berge pour les loutres.
Collecte de cartes Pokémon du WWF: repères clés
- Campagne Jouez la carte de la nature conçue avec l’agence Brigada
- Cartes Pokémon, Magic et Yu-Gi-Oh acceptées
- Envoi gratuit via une étiquette bpost et une borne Bbox
- Enchères en ligne prévues début 2027
- 100 % des recettes vont aux projets de terrain du WWF
Cet article a été rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle à partir de sources journalistiques.