63 190 briques, près d’un mètre et demi de long, plus d’un mètre de haut: l’association auvergnate Auver’Briques expose à Gannat, dans l’Allier, une reproduction géante de Notre-Dame de Paris. La maquette compte quatorze fois plus de pièces que le set officiel vendu par LEGO.
Le chiffre frappe d’autant plus que la maquette est l’œuvre d’amateurs. Selon La Montagne, l’exposition présente au public bourbonnais une cathédrale qui, dans sa version de pierre, a rouvert ses portes en décembre 2024, plus de cinq ans après l’incendie du 15 avril 2019. Pendant que les compagnons achevaient la charpente et la flèche à Paris, des passionnés du monde entier reconstruisaient l’édifice avec un autre matériau: des briques en plastique, assemblées une à une.
Le paradoxe mérite d’être souligné. Le jouet le plus standardisé de la planète, fait de pièces calibrées avec une précision industrielle, sert ici à reproduire un monument gothique dont la construction s’est étalée sur près de deux siècles. Et c’est dans une petite ville de l’Allier, loin des grands salons parisiens, que le public peut le découvrir.
Un plan signé SteBrick, 145,7 centimètres de nef en briques
Auver’Briques n’a pas inventé ce modèle. La cathédrale exposée à Gannat reprend une création baptisée Notre Dame de Paris – Modular Building Dimension, conçue par un designer connu sous le pseudonyme de SteBrick. Référencée sous le numéro MOC-43974 sur la plateforme Rebrickable, qui répertorie les créations de fans (les MOC, pour My Own Creation), elle totalise exactement 63 190 pièces. Son concepteur en donne les dimensions: 51,8 centimètres de large, 145,7 centimètres de long et 101,9 centimètres de haut.
Le nom du modèle n’a rien d’anodin. L’expression Modular Building Dimension renvoie à la gamme des bâtiments modulaires de LEGO, ces immeubles de collection pensés pour former une rue entière une fois alignés. Rebrickable classe d’ailleurs la cathédrale dans cette catégorie, et son créateur la présente comme une pièce destinée à trôner au cœur d’une ville en briques. Le concepteur a documenté l’ouvrage partie par partie, dans une série de vidéos dont le cinquième volet est consacré à l’abside, ce chevet arrondi qui ferme l’édifice à l’est. Grâce à ce découpage, d’autres constructeurs peuvent suivre le montage étape par étape.
Avant l’ouverture, l’association avait entretenu le suspense auprès de ses abonnés. Après avoir évoqué le set officiel, elle annonçait une surprise, avec une formule sans ambiguïté: 63190 pièces ou rien . Le message insistait sur le caractère inédit de la présentation, que le public pouvait admirer pour la première fois.
Le set LEGO 21061 et ses 4 382 pièces largement distancés
Pour mesurer l’écart, il faut revenir au produit officiel. LEGO commercialise depuis juin 2024 la référence 21061 Notre-Dame de Paris, dans sa gamme Architecture. Le set compte 4 382 pièces selon l’inventaire publié par Rebrickable et s’affiche au prix conseillé de 229,99 euros sur le site du fabricant danois. Plusieurs testeurs l’ont décrit comme le plus grand set de la gamme Architecture jamais produit. Sa conception suit un fil historique: d’après la fiche produit relayée par E. Leclerc, la maquette retrace l’histoire de l’édifice depuis la pose de la première pierre en 1163 jusqu’à son aspect d’avant l’incendie de 2019, en passant par les travaux de Viollet-le-Duc.
Face à lui, la version exposée à Gannat change d’échelle. Avec 63 190 pièces, elle en aligne environ 14,4 fois plus. La comparaison tient aussi avec d’autres créations de fans. À titre de comparaison, la Notre-Dame imaginée par le constructeur Serenity, autre modèle très suivi sur Rebrickable, réunit 14 620 pièces pour 64 centimètres de long et 55,2 centimètres de haut, à une échelle d’environ 1/160. Le modèle de SteBrick compte plus de quatre fois plus de briques et s’étire sur une longueur plus de deux fois supérieure.
Ce saut quantitatif traduit une différence de philosophie. Le set officiel vise l’étagère d’un salon, avec une silhouette fidèle mais simplifiée. La maquette de SteBrick s’aligne sur les proportions des bâtiments modulaires et vise la vitrine d’exposition, avec un niveau de détail que seul un volume de pièces aussi considérable autorise. Le rapport entre les deux est comparable à celui qui sépare, en modélisme ferroviaire, une boîte de départ d’un réseau de club monté sur plusieurs tables.
Pourquoi cette cathédrale Lego attire le public
Des mois d’assemblage pour une cathédrale de plus de 60 000 pièces
Bâtir un tel modèle relève de l’endurance. Le plan de SteBrick circule bien au-delà de l’Auvergne: un constructeur amateur a publié en ligne l’avancement de sa propre version de plus de 63 000 pièces, en indiquant être parvenu à environ 30 % du chantier au moment de sa mise à jour. L’aveu donne une idée du temps nécessaire, qui se compte en mois plutôt qu’en week-ends.
Le découpage du modèle en sections, visible dans la série de vidéos de son concepteur, répond à une contrainte pratique. Une maquette de près d’un mètre et demi de long ne se déplace pas d’un bloc. Pour une association qui fait circuler ses créations d’une salle à l’autre, la modularité conditionne la possibilité même d’exposer, de démonter, puis de remonter l’édifice sans le briser.
L’univers des MOC compte des projets encore plus démesurés. Aux États-Unis, le constructeur Bob Simon a reproduit le bâtiment principal de l’Université de Notre Dame, homonyme de la cathédrale parisienne, avec 300 000 pièces, dont 45 000 consacrées aux seuls intérieurs. Ces chiffres rappellent que la cathédrale de Gannat, aussi imposante soit-elle, s’inscrit dans une culture de la démesure assumée chez les adultes fans de LEGO, que la communauté désigne sous l’acronyme AFOL (Adult Fan of LEGO).
Auver’Briques, de la tombola d’Aubière aux salles de l’Allier
L’association n’en est pas à sa première exposition. Présidée par Fabien Larbanois, Auver’Briques avait organisé les 19 et 20 novembre 2022 une exposition LEGO en partenariat avec l’école de musique 2AM d’Aubière, dans le Puy-de-Dôme. Selon l’association ACTE Auvergne, une tombola organisée tout le week-end lui avait reversé l’intégralité de ses bénéfices, soit un chèque de 756 euros.
Ce modèle associatif, fondé sur le bénévolat et l’ancrage local, rapproche ces clubs des sociétés de modélisme ou des associations de collectionneurs qui animent les salles des fêtes le week-end. Les briques attirent un public familial, les maquettes spectaculaires servent de produit d’appel, et les recettes annexes peuvent financer des causes locales. Une pièce comme la Notre-Dame de 63 190 briques joue ce rôle de tête d’affiche: elle donne une raison de faire le déplacement jusqu’à Gannat.
Le choix du monument n’est pas neutre non plus. La cathédrale parisienne bénéficie d’une exposition médiatique continue depuis l’incendie de 2019, puis depuis sa réouverture fin 2024. LEGO a d’ailleurs lancé son set officiel en juin 2024, six mois avant la réouverture. En reproduisant l’édifice à une échelle hors norme, une association auvergnate capte une part de cet intérêt et le transpose dans une commune de l’Allier.
La maquette poursuivra-t-elle sa route vers d’autres villes de la région, à la manière des expositions itinérantes que les clubs de modélisme font circuler d’un salon à l’autre? Sa conception modulaire le permet. Le nombre de bénévoles nécessaires pour démonter et remonter une cathédrale de 63 190 pièces en dira plus long sur sa capacité à voyager.
Notre-Dame en Lego à Gannat: les repères
- Maquette de 63 190 pièces exposée à Gannat (Allier)
- Modèle MOC-43974 conçu par le designer SteBrick
- Dimensions: 51,8 x 145,7 x 101,9 cm
- Set officiel LEGO 21061: 4 382 pièces, 229,99 €
- Auver' Briques est présidée par Fabien Larbanois
Cet article a été rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle à partir de sources journalistiques.