Quarante-deux collections complètes de cartes Pokémon, remisées quinze ans dans un grenier de Woking, dans le Surrey, vont passer sous le marteau de la maison Ewbank’s. L’estimation atteint 300 000 à 325 000 euros, un record pour ce commissaire-priseur britannique spécialisé.
Le propriétaire, un peintre décorateur à la retraite qui tient à rester anonyme, ignorait tout de la valeur de ce qu’il stockait sous son toit. Un simple article de son journal local, consacré à une carte isolée adjugée plus de 6 000 livres, l’a convaincu de pousser la porte d’un expert.
L’histoire a des airs de conte de grenier. Elle raconte surtout la transformation d’un jouet de cour de récréation en actif de collection, avec ses cotes, ses experts et ses maisons de ventes.
Un père, un fils et des classeurs jamais ouverts
Tout commence à la fin des années 1990, lorsque le fils du collectionneur se prend de passion pour Pokémon, comme une bonne partie des écoliers britanniques de l’époque. Le père fait alors un choix singulier : plutôt que d’acheter des paquets scellés au hasard, il acquiert des séries complètes, une option qui lui paraissait moins risquée, selon le Manchester Evening News, repris par la presse française. Les cartes sont rangées, encore sous scellés et en parfait état, dans des classeurs Pokémon dédiés.
Le détail décisif tient à la répartition des rôles dans la famille. L’enfant disposait de sa propre collection pour jouer et échanger, pendant que celle du père restait intacte. « Il avait ses propres cartes, mais il n’a jamais touché à celles-ci, et j’en suis heureux », a confié le retraité au Farnham Herald. Lorsque le fils s’est lassé de la franchise, l’ensemble a rejoint le grenier, où il est resté une quinzaine d’années.
Ce zèle de rangement, presque anecdotique à l’époque, fait aujourd’hui toute la valeur du lot.
Car sur ce marché, l’état de conservation pèse au moins autant que la rareté. Une carte manipulée, cornée ou légèrement décolorée perd l’essentiel de sa cote, quand le même exemplaire resté « mint », c’est-à-dire sans le moindre défaut, peut valoir plusieurs fois plus. Le collectionneur de Woking réunit les deux conditions : des master sets complets, soit l’intégralité des cartes d’une extension avec leurs variantes, et un état irréprochable sur l’ensemble du lot.
355 euros hier, jusqu’à 40 000 livres aujourd’hui pour le seul set Skyridge
Le premier ensemble acquis par le retraité, autour du Dracaufeu Skyridge (Charizard en version anglaise), lui avait coûté environ 300 livres, soit 355 euros. Il est estimé aujourd’hui entre 20 000 et 40 000 livres, selon le Manchester Evening News. Pour mesurer l’écart, la mise de départ a été multipliée par un facteur compris entre 66 et 133 en deux décennies, un rendement que peu de placements financiers classiques peuvent revendiquer sur la même période.
Chez Ewbank’s, la surprise a été totale. « Quand nous avons vu ce qu’il possédait, tout en parfait état, nous n’arrivions pas à y croire, ni au fait qu’il n’avait aucune idée de leur valeur », a expliqué James Spooner, responsable des cartes à collectionner de la maison, cité par NationalWorld. Ses équipes tablent sur un produit supérieur à 250 000 livres, avec un plafond évalué autour de 270 000 livres au marteau, c’est-à-dire avant les frais acheteurs.
Le chiffre prend tout son relief rapporté à l’historique de la maison. Ewbank’s organise depuis cinq ans des ventes dédiées aux cartes à collectionner, pour un total cumulé de plus de 1,1 million de livres. Le lot de Woking pourrait représenter à lui seul près d’un quart de ce montant. Le spécialiste le dit sans détour : il s’agit, de loin, de la collection la plus précieuse jamais traitée par la maison.
La vente doit se tenir dans le courant du mois, et l’estimation en euros, entre 300 000 et 325 000, reste dépendante du taux de change au jour de l’adjudication.
Pourquoi ces cartes Pokémon valent si cher
Andrew Braund, le précédent qui a fait monter les enchères chez Ewbank’s
La maison du Surrey n’en est pas à son premier « trésor de grenier ». Quelques mois plus tôt, Andrew Braund, assistant d’éducation, avait retrouvé ses cartes d’enfance en triant le grenier de ses parents. Il pensait en tirer environ 500 livres, selon le magazine People, cité par ComicBook. Trois cartes Dracaufeu ont suffi à faire mentir ce pronostic.
Le Skyridge Charizard Holo en parfait état de sa collection, estimé entre 9 000 et 13 700 euros d’après Tom’s Guide, s’est finalement vendu 21 250 dollars, un record pour une vente aux enchères de cette carte. Un second exemplaire, en état légèrement inférieur, a atteint 16 250 dollars. La vente, organisée le jeudi 16 avril par Ewbank’s, lui a permis de financer son mariage.
L’écart entre ces deux adjudications illustre la mécanique du marché. Même carte, même extension, et pourtant 5 000 dollars d’écart pour une nuance d’état que seul un œil exercé repère. À titre de comparaison, le monde de l’horlogerie de collection fonctionne sur le même principe : une montre avec sa boîte et ses papiers d’origine vaut nettement plus qu’un modèle identique ayant circulé. Les cartes scellées du décorateur de Woking appartiennent à la première catégorie.
Les exemples se multiplient aussi de ce côté de la Manche. Dans la Sarthe, un chineur a déboursé 20 euros pour un carton de vieilles cartes repéré dans un vide-grenier, au milieu de jeux incomplets et de vieux magazines, avant de le revendre plus de 11 000 euros aux enchères, selon PokéTools.
Ces récits ont un effet d’entraînement évident.
C’est précisément un article de presse qui a alerté le retraité de Woking. Chaque adjudication spectaculaire pousse d’autres détenteurs à exhumer leurs classeurs, ce qui alimente l’offre, mais aussi la curiosité des acheteurs et la visibilité des maisons de ventes spécialisées.
Trente ans après les jeux Game Boy, un actif qui s’échange comme un placement
La franchise fête cette année ses trente ans, les premiers jeux Game Boy étant sortis au Japon en février 1996. En trois décennies, les cartes sont passées des cours de récréation aux salles de ventes, et leur cote évolue parfois à une vitesse qui rappelle celle des marchés financiers. Un Dracaufeu acheté 800 dollars il y a quelques mois en vaut déjà 3 000, relevait récemment la presse spécialisée.
Cette effervescence a une explication générationnelle. Les enfants de la fin des années 1990 ont aujourd’hui entre trente et quarante ans, disposent d’un pouvoir d’achat et cherchent à racheter les objets de leur enfance. Le phénomène n’est pas propre à Pokémon : les consoles rétro, les jouets en boîte d’origine ou les bandes dessinées de premier tirage suivent la même trajectoire, portée par la nostalgie d’une génération qui arrive à maturité financière.
Le marché s’est également professionnalisé. Les cartes les plus chères sont notées par des sociétés de gradation, placées sous coque protectrice et vendues à des acheteurs internationaux. Les frères britanniques Owen et Conner Gray détiennent le record mondial de la plus grande collection de cartes Pokémon, avec 48 339 objets uniques, selon le Guinness World Records, loin devant les 34 310 pièces de l’Américain Benjamin DeGuire en 2023.
Le tableau ne doit pas faire illusion pour autant. L’immense majorité des cartes anciennes ne vaut que quelques centimes ou quelques euros, surtout lorsqu’elles portent les stigmates de parties endiablées. Les montants à six chiffres restent réservés à une combinaison rare : des cartes recherchées, des séries complètes et un état parfait, trois critères que la plupart des collections d’enfance ne réunissent pas.
La collection de Woking coche toutes les cases.
L’adjudication dira si les enchérisseurs suivent l’estimation de 270 000 livres, ou s’ils la dépassent, comme ce fut le cas pour le Dracaufeu d’Andrew Braund, adjugé bien au-delà de sa fourchette haute.
Collection Pokémon du grenier : les faits clés
- Le propriétaire est un peintre décorateur retraité de Woking, dans le Surrey
- Les cartes sont restées environ 15 ans dans son grenier
- La collection compte 42 master sets en parfait état
- Ewbank's estime le lot jusqu'à 270 000 livres au marteau
- Un article sur une carte vendue 6 000 livres a déclenché l'expertise
Cet article a été rédigé avec l'assistance de l'intelligence artificielle à partir de sources journalistiques.